Amour, gluten et sororité – S.A. YARMOND

Amour, gluten et sororité.

Des mots qui font qui font rêver.

(Cette introduction est à lire sur l’air du générique d’une série bien connue, ceux qui ont la réf, levez la main droite, et dites « j’suis vieux »).

Déjà, au titre, j’ai souris. Et déjà, je retrouvais Sarah.

Sarah, c’est une rencontre, belle comme un petit rubis au beau milieu des graviers, sur le chemin de ma petite vie mais bref, le sujet n’est pas là.

J’étais pressé de découvrir ce premier roman, auto-édité avec tout le courage, toute la folie que ça implique. Et je sais déjà que je tiens là un petit collector, puisque c’est une certitude, il tapera dans l’œil d’un éditeur bien avisé, prêt à vendre des palettes de ce premier roman !

Ici, clairement, je suis sorti de ma zone de confort. Une habitude finalement pour ceux qui me suivent car j’aime encore et toujours explorer, découvrir et être épaté. Lire de tout, partout et tout le temps.

Ici, donc, on part dans le registre de la comédie. Mais moderne, hein, la comédie. Dans l’air du temps. Une comédie qui parle de blogueurs, de pâtisserie, d’amour aussi, sinon c’est pas drôle, entre quiproquos et petites phrases d’humour bien senties.

Un regard enlevé sur des nanas de leur temps, sur les relations amoureuses et les défis à surmonter pour réaliser ses projets. Une comédie parfois douce amère où tout n’est pas toujours tout rose malgré les apparences.

Et évidemment, ce qui m’interpelle le plus, ce qui me touche, c’est ce moment où derrière les artifices littéraires, on entrevoit celle qui écrit. A plusieurs reprises, j’ai compris que Sarah parlait d’elle, se racontait, un peu, derrière le rideau de ses mots.

Bref, un roman, pour rire beaucoup, s’émouvoir un peu, et passer un moment dépaysant avec cette bande de filles qui s’amusent à casser les codes.

Bon, le seul point noir, ce roman facétieux m’a rappelé combien j’étais un piètre cordon bleu.

Pourtant, c’est un roman à lire comme on dévore une bonne pâtisserie.

Avec ou sans gluten.

LE RESUME DE L’EDITEUR :

Entre son blog, son futur livre de cuisine, les séances pâtisserie et les sorties – légèrement alcoolisées – avec sa cousine Elie et sa meilleure amie Eva, Yael mène une vie bien remplie. Sa vie amoureuse est au point mort, réduite à quelques nuits passées dans les bras de Robin avec qui elle entretient une relation sans attaches. Cookies, brioches, vinyles, bouquins et mojitos rythment un quotidien ordonné qui laisse peu de place à l’imprévu. Jusqu’au jour où Elie l’embarque dans un double date qui bouleverse tous ses plans…

La Divine Comédie de Nos Vies – Gavin’s Ruiz

Bon, on connaissait bien déjà la chanson.

Vous savez, le machin là, sur les amours, les amis, les emmerdes…

Mais le truc, c’est que Gavin’s Ruiz dynamite la formule et offre un roman aussi vitaminé que sa couverture psychédélique !

Ils s’appellent Sacha, Jérôme ou David, entre autres.

Ce sont des types comme vous et moi, des mecs plus ou moins bien, qui ont le mérite de ressembler à nos potes.

Je me suis régalé à suivre les tribulations de cette bande de potes. A l’heure où les mecs n’ont pas vraiment la côte, j’ai adoré les fêlures, la sincérité et la folie douce de ces sacrés drôles de gars !

Il ne faut pas trop en dire pour ne rien gâcher du plaisir. C’est un roman sur l’amitié, sur la vie qui passe et qui s’offre même le luxe d’étonner son lecteur sur la fin ! C’est un roman follement cinématographique qui offre la part belle aux hommes, pour une fois et leur redonne une place !

J’ai lu ce livre comme je regarde un bon Lelouch. Des hommes, des femmes, sans mode d’emploi mais avec cette jubilation permanente de tourner la page suivante.

Du même auteur, j’avais beaucoup aimé Le Club Des Feignasses et quel bonheur de retrouver son regard tendre et percutant. Il y a tellement de tendresse dans sa façon d’observer les autres qu’ici, le plaisir est renouvelé. Une comédie juste et enlevée, à la fois grand souffle d’air frais et jolie brise émouvante.

C’est un roman court, qui se lit d’une traite, avec un vrai plaisir gourmand ! En ce moment, ils sont terriblement précieux ces livres qui nous permettent de s’évader pour de bon…

Et puis, les types qui font du sport en collant, ça fait craquer, non ?

Non, en fait, c’est vrai.

Pas vraiment !

LE RESUME DE L’EDITEUR :

« Une seule chose est sure : j’aurais dû dire stop avant. Avoir le courage de parler. Sans le savoir, ma femme et son amant m’ont fait le plus beau cadeau du monde. »

Ne m’oublie pas – Alix Garin

Ok. On arrête tout.

On se pose deux secondes et je t’explique ce qu’il vient de m’arriver à la lecture de cette pépite.

Etrangement, ma plus belle lecture de ce début d’année est donc une bande dessinée, un roman graphique. Je me suis fait cueillir comme on se fait surprendre par une petite claque sur la tronche.

Je ne connaissais pas Alix Garin. J’ai acheté ce livre juste pour son titre, pour sa couverture. Quelque chose m’appelait très fort. Je pressentais une pudeur, une vérité. Et je ne me suis pas trompé.

Clémence vient rendre visite à sa grand-mère, qui une fois de plus s’est « échappée » de sa maison de retraite. Pour son bien, il faut la droguer, lui faire encore plus perdre l’esprit. Pour qu’elle reste là, à attendre on ne sait quoi.

Clémence ne peut se résoudre à l’abandonner ainsi et la kidnappe. Débute alors le plus joli des roads trips que j’ai pu lire …

Je n’oublierai pas. Je n’oublierai toutes ces émotions qui m’ont traversé, parfois transpercé devant la justesse de cette histoire simple comme la vie. Je n’oublierai pas la délicatesse des sentiments, la vérité des silences, des dessins qui parsèment cet ouvrage. Je n’oublierai pas les sourires, je n’oublierai pas ces pages qui m’ont mouillé les yeux.

Je n’oublierai pas cette envie de ne jamais à avoir à refermer ce livre.

Les thèmes de la vieillesse, du temps qui passe, de l’enfance qui toque aux portes de nos mémoires abimées, de l’amour immense, sont traités avec grandeur d’âme, à hauteur d’humanité. Sans tabou mais avec une infinie délicatesse.

Du sourire, aux larmes, en quelques bulles. Dieu que j’aime lire ça, la vie, la vraie. Des héros quotidiens qui se débattent contre l’oubli, cette mémoire qui flanche et prend l’eau.

Je n’oublierai pas. Je relirai ce livre. Encore et encore.

Et je n’oublierai pas.

LE RESUME DE L’EDITEUR

La grand-mère de Clémence souffre de la maladie d’Alzheimer. Face à son désespoir, elle prend la décision de l’enlever de la maison de retraite et de prendre la route en quête de l’hypothétique maison d’enfance de sa mamie. Une fuite, une quête, un égarement, l’occasion de se retrouver ? À moins que ce ne soit plutôt des adieux…

Un Fils sans mémoire – Valentin Spitz

Je n’aime pas particulièrement en littérature les fils de.

Ils m’agacent.

Pourtant, ici, en l’occurrence, c’est un fils sans. Qui devra faire avec.

Valentin Spitz, dans ce roman, cesse de se cacher derrière des héros de papier et se livre, comme on grandit au fil des pages.

C’est le roman d’un homme, droit dans ses bottes, qui se raconte et retrouve l’enfant qu’il fut au hasard d’un roman bouleversant tant il est sincère.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui attend son papa, icone des années 90 sur les ondes des radios libres. Le Doc. C’est l’histoire d’un homme qui se construira sans mémoire et qui apprendra pourtant à aimer cet homme qui lui a donné la vie.

C’est l’histoire d’un chemin parcouru, de cailloux semés sur ces route pavées de belles prétentions, qu’il devra finir par ramasser pour trouver sa propre voie.

C’est une voix, en littérature, que j’écoute déjà depuis plusieurs ouvrages, et qui chaque fois, me touche par la justesse des mots.

Sans en faire trop, Valentin Spitz entrouvre ces portes, entre enfance cabossée et vie d’homme, sans qu’on ne puisse jamais lui lâcher la main.

Un coup de cœur, un roman courageux, délicat et percutant. Un roman, comme les pièces éparpillées d’un puzzle.

En littérature, rien ne me touche plus que cette forme de sincérité absolue, coûte que coûte. Sans masque. Sans effet de style. Juste pour se dire. Pour ne pas se taire. Sans misérabilisme lacrymal. Sans fausse impudeur.

C’est une histoire vraie, c’est une histoire réinventée, celle d’un fils sans papa, celle d’un homme qui pardonne, qui avance, et qui aime, pour avoir un nom. Une quête d’identité. Forte et fragile.

Merci Valentin de livrer ainsi un si beau roman. Celui d’une quête intime et universelle à la fois.

Merci pour le cœur, le vrai et pour la beauté de cette vérité là.

LE RESUME DE L’EDITEUR

« On ne peut pas inventer les photos qui n’existent pas, on ne peut pas boucher les trous de la mémoire. Non il n’y a rien pour ça. Je pourrais inventer ces images dans un roman mais rien qu’à y penser cela sonne creux, faux, comme un théâtre de pacotille, avec trop de couleurs et de bruit et de mauvais acteurs. Je sais bien, non je sens, que tout cela est à jamais perdu, car on ne peut créer à partir de rien. […] L’histoire aurait dû s’écrire ainsi, ce serait mon éternité, mon destin : un fils sans mémoire, errant au fil de ses angoisses. Père manquant, fils manqué. C’était sans compter les mots, l’écriture, le langage, bois des humains qui construit et rassemble les êtres séparés, permet parfois l’amour. Ce livre raconte cette histoire. Comment un fils est parvenu à aimer son père. »

C’est une quête éperdue. Celle d’un nom, d’une origine et d’une reconnaissance. Celle d’un enfant, Valentin, qui pendant des années a eu un fantôme pour père, Le Doc. Un fantôme qui menait une vie professionnelle et médiatique hors normes. Pendant des années, Le Doc a endossé le costume du père pour des centaines de milliers de jeunes, libérant leur parole et leur permettant de découvrir sans tabous, grâce aux radios libres, leur corps et leur sexualité.


Mais nul n’est prophète en son pays. Et les pères ne sont pas toujours au rendez-vous de leurs propres enfants.

Darling – Tome 02 #hiver – Julien Dufresne-Lamy & Charlotte Erlih

Face caméra.

Tout le monde, n’importe qui, peut devenir une star.

Depuis son salon, depuis sa chambre. Dans les secrets de la porte close adolescente où ne peuvent pénétrer les parents.

Le miracle, il s’accomplit tous les jours sur Youtube, Tik Tok, Insta ou Twitter.

Les vieux cons te diront que Youtube, les réseaux sociaux et compagnie, c’est un peu le vide absolu. Qu’il s’agit d’une insulte à l’intelligence. Tout est fake. C’était mieux avant.

Pourtant, ils sont là, dans notre quotidien, devenant même un média incontournable et régissent la vie de nos ados…

J’étais tellement impatient de me plonger dans ce second tome de la série Darling. Le premier tome m’avait convaincu et celui-ci renouvelle le plaisir !

On rencontre Pierre. Pierre et sa tâche sur la tronche. Disgracieuse. Pierre que sa nana a largué il y a peu.

Pierre va poster une vidéo. Comme ça. Pour rien, pour lui. Pour rire de sa tâche.

Et le miracle se produit, les « vues » s’affolent et c’est la gloire !

En sera-t-il plus heureux pour autant ? Ne perdons-nous pas un peu de notre âme en étant liké ainsi par la multitude ? Des milliers d’abonnés au rythme de l’algorithme. Des haters, des trolls, cette faune 2.0, digne d’un Seigneur des Réseaux.

Julien Dufresne-Lamy et Charlotte Erlih se glissent une nouvelle fois avec brio dans la peau d’ados et ça fonctionne ! Comme dans le premier tome, les auteurs proposent un roman choral avec ces jeunes.

Touchants, parfois agaçants, ils sont le pur produit de notre époque et ce deuxième tome de Darling la décrit d’une bien belle façon. Sans juger, sans minimiser ou bêtifier notre jeunesse.

Vivement le troisième tome !

RESUME DE L’EDITEUR :

À la rentrée de janvier, Pierre vient de se faire larguer par Agathe. Vivant dans l’ombre d’un père tyrannique, il se réfugie habituellement dans l’humour. Mais depuis sa rupture, il n’a plus goût à rien. Pour tenter de lui remonter le moral, son meilleur ami Solal l’encourage à créer des vidéos sur Youtube. Et qui sait, devenir célèbre pourrait être un moyen de reconquérir la superficielle Agathe accro aux influenceurs. Tournant en dérision son angiome sur le visage, Pierre crée son compte “Pierrot la Tache”. Ses premiers essais sont un échec. Solal, en tant que monteur des vidéos, essaie de donner des conseils à son ami. Pierre se vexe, une dispute éclate, Solal déguerpit sur son skate. Il file, tant aveuglé par la colère qu’il ne voit pas la voiture qui arrive sur le côté… 

En racontant sans filtre son drame personnel, le succès frappe soudain à la porte de Pierre et redistribue les cartes complètement. Le voilà adoubé par les Youtubeurs les plus célèbres, star du bahut, et repéré par des agents…

Ce deuxième tome de la tétralogie «Darling »explore les vertiges de la starification à l’heure des réseaux sociaux, comment elle chamboule l’existence, peut briser une amitié et faire naître la haine.

Si ça saigne – Stephen King

Il est revenu.

Et si CA te rappelle quelque chose, c’est tout à fait normal (private joke entre fans de Stephen).

Le King is back et nous arrêterons ici les phrases en anglais, je vous rassure.

Bon, il faut bien l’avouer, Stephen King a à peine le temps de nous manquer qu’il sort déjà un nouveau livre ! Un des auteurs américains les plus prolifiques de sa génération revient avec un recueil de quatre nouvelles cette fois.

Et s’il est bien un domaine où j’aime le retrouver, c’est bien celui-ci même s’il faut bien le dire, parfois, ses « courts textes » sont l’équivalent d’un roman entier chez d’autres écrivains ! Le bougre nous en donne pour notre argent !

Quatre nouvelles donc :

LE TELEPHONE DE M. HARRIGAN, la jolie amitié entre un jeune garçon et son employeur millionnaire, peut-être mon texte préféré du recueil tant le gamin est attachant.

LA VIE DE CHUCK, nouvelle originale, presque cinématographique dans son traitement, en trois actes pour raconter la vie d’un homme ET la fin du monde.

SI CA SAIGNE, le plus long teste du recueil qui lui offre d’ailleurs son titre, est une suite de son roman L’Outsider que l’on peut lire aussi indépendamment. On retrouve Holly et son agence de détective, confrontée à une explosion dans un collège.

RAT, ou encore un texte de King traitant d’un écrivain, de l’angoisse de la page blanche avec ce héros qui a publié quelques nouvelles sans jamais arriver à écrire de roman jusqu’au jour où l’idée fuse et qu’un rat entre dans son existence …

Stephen King fait du Stephen King, sans surprise mais avec brio. On retrouve ici les thèmes chers à son coeur que sont les nouvelles technologies, la fin du monde, le personnage de l’écrivain torturé, l’au-delà et le deuil. L’écrivain se fait plaisir, et s’il est parfois un brin bavard, les afficionados ne bouderont pas leur plaisir.

Perso, je suis plus touché par le Stephen King d’il y a quelques années même s’il reste encore aujourd’hui un monument de la pop culture !

LE RESUME DE L’EDITEUR :

Les journalistes le savent : si ça saigne, l’info se vend. Et l’explosion d’une bombe au collège Albert Macready est du pain béni dans le monde des news en continu. Holly Gibney de l’agence de détectives Finders Keepers, travaille sur sa dernière enquête lorsqu’elle apprend l’effroyable nouvelle en allumant la télévision. Elle ne sait pas pourquoi, le journaliste qui couvre les événements attire son attention…


Quatre nouvelles magistrales, dont cette suite inédite au thriller L’Outsider, qui illustrent, une fois de plus, l’étendue du talent de Stephen King.

La Traversée des Temps, Tome 01 : Paradis perdus – Eric-Emmanuel Schmitt

Ce roman est une folle entreprise.

Imaginez ! Racontez l’histoire du monde en huit tomes à travers les yeux d’un immortel … Il n’y a bien que Monsieur Schmitt pour se lancer dans une telle odyssée !

Ce roman est la première pierre d’un projet pharaonique qui tient à cœur à l’auteur depuis des années et qu’il préparait avec amour depuis longtemps.

Pour lancer son grand œuvre, il nous amène à la rencontre de Noam, qui semble se réveiller d’un long sommeil, dans une grotte, de nos jours. Que fait-il là ? Où va-t-il ? En quel état erre-t-il ?

Noam est né il y a 8000 ans et ce premier tome nous entraîne à sa suite dans « dans un pays de ruisseaux et de rivière, au bord d’un lac, devenu une mer », ce fameux paradis terrestre, où sa folle destinée viendra à sa rencontre sous les traites d’une femme, la femme qui hantera ses jours et ses nuits, qui le révélera à son destin hors du commun, la mystérieuse Noura …

Erudit et passionnant, un roman à l’orée de l’humanité et des genres. Un roman comme une machine à remonter le temps qui vient illuminer le présent, lorsqu’hier explique aujourd’hui. Un roman pour remonter les courants, les idées, les concepts, dans tant de domaines qu’il donne le vertige. Remonter aux origines, celles du Savoir, cette connaissance de l’Homme que chérit Eric-Emmanuel Schmitt et qui nous pousse à tourner chaque page comme un album de famille, celle de notre humanité, Noam devenant notre ancêtre à tous.

Parlons également de cette superbe couverture qui donne tout de suite envie de plonger dans cette saga folle, qui une fois terminée, dans quelques années, fera du plus bel sur nos rayonnages.

Je ne peux que vous conseiller à vous lancer, à votre tour, sur les traces de Noam, pour profiter pleinement d’un ouvrage qui véritablement, vous offrira un « déluge » d’émotions, de sensations, de réflexions et d’aventures. Un ouvrage qui redonne vie aux paradis perdus et à l’Homme dans ce qu’il fut pour devenir …

J’attends le second tome avec impatience, foi de Juju …

LE RESUME DE L’EDITEUR :

Cette Traversée des temps affronte un prodigieux  défi : raconter l’histoire de l’humanité sous la forme d’un roman. Faire défiler les siècles, en embrasser les âges, en sentir les bouleversements, comme si Yuval Noah Harari avait croisé Alexandre Dumas. Depuis plus de trente ans, ce projet titanesque occupe Eric-Emmanuel Schmitt. Accumulant connaissances scientifiques, médicales, religieuses, philosophiques, créant des personnages forts, touchants, vivants, il lui donne aujourd’hui naissance et nous propulse d’un monde à l’autre, de la préhistoire à nos jours, d’évolutions en révolutions, tandis que le passé éclaire le présent.


Paradis perdus lance cette aventure unique. Noam en est le héros. Né il y a 8000 ans dans un village lacustre, au cœur d’une nature paradisiaque, il a affronté les drames de son clan le jour où il a rencontré Noura, une femme imprévisible et fascinante, qui le révèle à lui-même. Il s’est mesuré à une calamité célèbre : le Déluge. Non seulement le Déluge fit entrer Noam-Noé dans l’Histoire mais il détermina son destin. Serait-il le seul à parcourir les époques ?

Le mal-épris – Bénédicte Soymier

Date de parution : 06 janvier 2021

Tel est pris qui croyait s’éprendre.

On pourrait résumer ainsi ce premier roman de Bénédicte Soymier.

Lorsque je referme ce livre, je ne sais que penser ? L’ai-je aimé, l’ai-je détesté ?

Paul, ce « héros », qui n’en a d’ailleurs que le titre, mal fagoté, ce malotru, m’aura mis dans le mal, et ce n’est pas un euphémisme !

C’est une plongée oh combien âpre, poisseuse, dans la vie de cet homme antipathique où les êtres semblent s’engluer dans une certaine forme de désespoir.

Paul va s’amouracher de sa voisine, la belle Mylène, et faire d’elle une sorte d’obsession dégoulinante. Jusqu’à faire céder le barrage. Puis, viendra, Angélique, dont le prénom peut prêter à sourire tant elle va tomber dans les filets d’un Paul devenu monstrueux.

L’ange et le démon. L’innocence et l’innommable emprise.

Le mal-épris. Le mal est fait. Ou l’effet mâle dans toute sa misère.

Les jours passent et cette lecture trotte dans ma tête.
Reste un roman éprouvant, pour moi, mais ne serait-ce pas l’effet recherché ? Bousculer, révéler, fracasser …

Lorsque la forme, maîtrisée, nous fait haïr le fond.

Lorsqu’on ne peut arriver à comprendre l’insoutenable.

Les livres sont aussi là pour ça … Ou alors, ai-je mal compris ce mal-épris ?

Et si c’était ça, aussi, la littérature ? Frapper le lecteur, ne pas le ménager, l’engluer et démontrer ainsi son propos de manière éclatante ! Un roman finalement profondément triste, que le regard que porte cet homme sur les femmes rend épuisant.

Et personne n’en sort indemne. Surtout pas le lecteur.

LE RESUME DE L’EDITEUR :

« Ça lui ronge les tripes et le cerveau, plus fort que sa volonté – une hargne qui l’habite, une violence qui déferle tel un vent d’orage, puissante et incontrôlable. Il voudrait lâcher mais ne pense qu’à frapper. »

Paul est amer. Son travail est ennuyeux, il vit seul et envie la beauté des autres. Nourrie de ses blessures, sa rancune gonfle, se mue en rage. Contre le sort, contre l’amour, contre les femmes.
Par dépit, il jette son dévolu sur l’une de ses collègues. Angélique est vulnérable. Elle élève seule son petit garçon, tire le diable par la queue et traîne le souvenir d’une adolescence douloureuse.
Paul s’engouffre bientôt dans ses failles. Jusqu’au jour où tout bascule. Il explose.
Une radiographie percutante de la violence, à travers l’histoire d’un homme pris dans sa spirale et d’une femme qui tente d’y échapper.

Le Dernier Enfant – Philippe Besson

C’est l’histoire d’une mère. Une histoire, banale à pleurer, belle à chialer. C’est l’histoire d’un enfant, d’un grand garçon, qui quitte le nid.

Ce matin, Théo part, oui, il déménage, il s’en va vivre ailleurs.

La dernière fois que j’ai lu Besson, c’était le temps d’un dîner. Ici, tout se déroule sur une journée. Le temps d’un déménagement, d’un emménagement, le temps de tout bouleverser pour cette mère qui laisse partir le petit dernier, le temps de voir sa terre trembler de l’intérieur.

J’ai été ému par cette mère, simple et follement réelle, Anne-Marie.

Anne-Marie. C’est le prénom de cette madame tout le monde à qui Besson donne de la voix comme personne. Anne-Marie, c’est un prénom d’anti-héroïne. Ou alors de celles qu’on croise dans la vraie vie. Ni Scarlett, ni Juliette ou Bérénice, juste Anne-Marie.

« Elle dit : « C’est passé vite quand on y pense. »

Elle parle de la vie. Elle parle de sa vie. »

Une fois de plus, Philippe Besson, horloger de l’intime, dissèque les rouages de ce qui se cache à l’intérieur des êtres. Ces émotions subtiles, universelles, qu’il dépiaute avec bonheur, qu’il épluche avec minutie. Cette mélancolie, cet au revoir, dont les accents de vérité ne peuvent qu’émouvoir le lecteur.

Portrait de femme, de maman, face à elle-même, entre pudeurs et cris rentrés.

J’ai aimé ce roman. Car Besson est là où je ne l’attendais pas, dans la tête de cette femme qui se retrouve fort dépourvue à l’heure des au revoir. Cette journée prend au cœur, fascinante dans sa banalité, dans son universalité, dans ce basculement vers une forme de néant.

C’est un roman qui ne fait pas de bruit, qui ne sort de son chapeau qu’une infime vérité et une douce mélancolie de vivre, sans folie, mais oh combien réelle, palpable.

Autopsie d’un cœur gros comme l’amour d’une maman. Un roman, encore une fois, beau comme l’élégance des sentiments.

LE RESUME DE L’EDITEUR :

 » Elle le détaille tandis qu’il va prendre sa place : les cheveux en broussaille, le visage encore ensommeillé, il porte juste un caleçon et un tee-shirt informe, marche pieds nus sur le carrelage. Pas à son avantage et pourtant d’une beauté qui continue de l’époustoufler, de la gonfler d’orgueil. Et aussitôt, elle songe, alors qu’elle s’était juré de se l’interdire, qu’elle s’était répété non il ne faut pas y songer, surtout pas, oui voici qu’elle songe, au risque de la souffrance, au risque de ne pas pouvoir réprimer un sanglot : c’est la dernière fois que mon fils apparaît ainsi, c’est le dernier matin. « 


Un roman tout en nuances, sobre et déchirant, sur le vacillement d’une mère le jour où son dernier enfant quitte la maison. Au fil des heures, chaque petite chose du quotidien se transforme en vertige face à l’horizon inconnu qui s’ouvre devant elle.

Over the rainbow – Constance Joly

Date de Parution : 06 Janvier 2021

Quelque part, au pied du fameux arc-en-ciel … Celui qui lie les vivants aux absents. Cet arc-en-ciel au bout duquel une fille guette son père. Cet arc-en-ciel, symbole des amours différentes…

Le titre me parlait déjà, j’ai plongé tête la première dans le nouveau roman de Constance Joly et mon cœur en a vu de toutes les couleurs, de toutes les douleurs.

Ce livre est un frisson. Ininterrompu. De la première à la dernière phrase. Un cri chuchoté. Intime et universel à la fois. Bouleversant d’émotion. Ce livre est une lettre, celle d’une enfant à son père :

« J’écris pour ne pas tourner la page. J’écris pour inverser le cours du temps. J’écris pour ne pas te perdre pour toujours. J’écris pour rester ton enfant. »

Gorge serrée, ventre noué, j’ai refermé ce livre que je vous conseille fort, très fort.

Quelque chose se passe à l’intérieur. Lorsque ton corps vibre, tremble, vacille au détour de chaque phrase. Un livre qui semble naître des tripes, celles qui n’expliquent rien mais ressentent, sans détour, la force des choses, la beauté des êtres.

Ce livre est une folie. Douce, amère, amoureuse. Ce livre est une absence, un grand amour, une larme qui coule sans bruit. Ce livre raconte la pudeur, celle qui s’effleure du bout du doigt entre un père et sa fille. Une fille à papa, une fille de pédé, puis fille sans papa.

Constance Joly, dans un élan poétique, raconte ce père qui préférait les garçons. Et qui un jour a décidé d’être lui-même. Elle raconte ce SIDA, et l’horreur de notre société face à cet ouragan de mort.

Un livre viscéral. C’est mon ventre qui écrit ces quelques phrases car je me suis fait renverser par la beauté de ce roman. Je me suis laissé bouleversé par sa beauté, sa vérité, son courage, aussi.

C’est un livre qui envoie les ombres valser en pleine lumière. Qui raconte un garçon pas comme les autres, pris dans le mensonge, qui se rend à lui-même. Qui raconte une enfant, puis une femme, pleine de cet amour là. Pour ce papa, parti trop tôt, d’aimer trop fort, trop vite.

Un livre autobiographique à lire absolument en cette année qui débute, comme cet arc-en-ciel qui vient illuminer nos vies, juste après cette putain de pluie …

LE RESUME DE L’EDITEUR :

Celle qui raconte cette histoire, c’est sa fille, Constance. Le père, c’est Jacques, jeune professeur d’italien passionné, qui aime l’opéra, la littérature et les antiquaires. Ce qu’il trouve en fuyant Nice en 1968 pour se mêler à l’effervescence parisienne, c’est la force d’être enfin lui-même, de se laisser aller à son désir pour les hommes. Il est parmi les premiers à mourir du sida au début des années 1990, elle est l’une des premières enfants à vivre en partie avec un couple d’hommes.

Over the Rainbow est le roman d’un amour lointain mais toujours fiévreux, l’amour d’une fille grandie qui saisit de quel bois elle est faite : du bois de la liberté, celui d’être soi contre vents et marées.